Le Mustang
Le Mustang, c'est, en gros, le bassin supérieur de la Kali Gadanki, au Nord de l'Annapurna et du Dhaulagiri, mais l'actuel district administratif népalais, dans lequel nous entrons dès le passage du Thorong La, est plus étendu que l'ancien royaume du Mustang, que nous n'atteindrons que quelques jours après. Le district est ainsi divisé entre "Bas Mustang" (Muktinath, Jomsom, Kagbeni) et "Haut Mustang" (l'ancien royaume et quelques villages limitrophes), une division importante pour le touriste étranger car l'accès au Haut Mustang est soumis à un droit d'entrée de 500 dollars par personne pour un séjour de 10 jours.
Le surlendemain de notre arrivée à Muktinath (voir article précédent "La vallée de Manang"), il a cessé de neiger et nous pouvons visiter le village et ses sanctuaires.
Le temple de Vishnou est entouré par 108 fontaines à tête de vache.
Le pélerin consciencieux doit passer la tête sous les 108 fontaines (et pas seulement en récolter l'eau dans une bouteille comme sur la photo ci-dessus), puis se baigner dans les bassins adjacents, ce qu'ont fait deux courageux lors de notre passage (température extérieure 0°).
Le sentier par lequel nous quittons Muktinath, en direction de la vallée de la Kali Gandaki, traverse une campagne cultivée (champs d'orge)
et plusieurs villages
Le monastère de Jhong (premier des deux villages ci-dessus) est en cours de restauration, mais quelques belles fresques sont encore visibles (ci-dessous Tara verte et Bouddha de la médecine).
Et après avoir encore descendu 1000m, nous arrivons en vue de Kagbeni (2800m), au fond de la vallée de la Kali Gandaki.
Le village a été endommagé par une inondation lors de la mousson 2023 et n'est pas en très bon état, mais abrite un monastère du XVeme siècle (à droite sur la photo, le bâtiment de gauche est récent).
Le gardien de la porte d'entrée du vieux village possède des attributs imposants.
Le lendemain, nous remontons la Kali Gandaki sous un beau soleil, qui nous permet d'admirer, derrière nous, le Nilgiri (7061m), extrémité Ouest du massif de l'Annapurna qui va devenir un repère familier car on le voit de presque partout au Mustang.
Nous rencontrons aussi les premiers chortens rouges, de la même couleur que les falaises, caractéristiques du Mustang.
Peu après le village de Chusang, point de contrôle des permis "Haut Mustang",
le lit de la rivière se rétrécit et elle a même un bref parcours souterrain.
Nous l'abandonnons ici pour grimper vers les plateaux situés sur sa rive droite. Le premier village que nous rencontrons en montant, Tsaile, présente déjà toutes les caractéristiques des villages du Haut Mustang: chortens rouges sur la place principale, maisons en pierre crépies,
réserve de bois sur les toits,
passages souterrains entre les ruelles (Christophe est un peu trop grand pour la région),
portes et fenêtres ouvragées.
Nous continuons à monter et abandonnons la nouvelle piste carrossable, qui va jusqu'à la frontière chinoise et que nous recroiserons de temps en temps, pour un ancien sentier bien construit.
Nous traversons le village de Ghyakar,
et faisons étape au village suivant, Samar,
dans une belle maison récente mais construite en style tibétain traditionnel.
Le lendemain, après avoir passé un petit col au dessus de Samar, nous descendons dans un profond canyon.
Le sentier est peu fréquenté par les humains mais un très gros chat (probablement un léopard des neiges) y a laissé ses empreintes !
Au fond du canyon, nous découvrons un ermitage caché dans une grotte, où Guru Rimpoche (Padmasambhava), le fondateur du bouddhisme tibétain, aurait médité et combattu les démons locaux.
Des statutes et un chorten ont été construits à l'intérieur de la grotte.
La grotte est gardée par un moine résident, très aimable, qui nous offre le thé (à droite sur la photo ci-dessous; à gauche, c'est notre porteur Nuri).
Nous remontons ensuite sur le plateau pour faire étape au village de Geling, dominé par deux monastères.
Les photos sont interdites à l'intérieur de ces monastères, nous nous consolons avec ce chorten multicolore à l'entrée,
et cet autre chorten dans le village (photo prise le lendemain matin - après une journée de grève, le soleil est revenu!)
Le village suivant, Ghami, est une petite oasis au milieu d'un paysage de plus en plus sec, les massifs de l'Annapurna et du Dhaulagiri faisant écran à la plupart des précipitations.
Les pommiers du village, qui profitent de l'eau d'un torrent issu des glaciers voisins, y sont soigneusement taillés (mais sans mesures de sécurité excessives...)
Nous arrivons ensuite en vue des falaises rouges de Dhakmar,
un paysage qui ferait penser à l'Ouest américain si certains détails ne nous rappelaient que nous sommes bien en pays bouddhiste.
Le vieux village de Dhakmar se serre contre les falaises.
Il y avait aussi des habitations troglodytiques dans les falaises, maintenant abandonnées,
mais toujours accessibles.
Le patio de notre hébergement du jour a une vue imprenable sur les falaises.
Le lendemain matin, nous nous faufilons entre les falaises pour retrouver le plateau et, en nous retournant, apercevoir pour la première fois l'Annapurna I (8091m), à plus de 50 kms (de droite à gauche: le Nilgiri (7061m), le pic Tilicho (7132m, gros sommet arrondi) et derrière ce dernier, le chaînon de l'Annapurna I; le sommet, en forme de languette, est à droite du chaînon, juste derrière le Tilicho).
De l'autre côté, plus de falaises rouges ni de montagnes géantes mais un monastère annoncé par une impressionnante rangée de chortens.
C'est le monastère de Lo Gekhar, considéré comme le plus ancien du Népal. Comme l'ermitage de Chungsi, il aurait été fondé par Padmasambhava au VIIIeme siècle, même si les bâtiments actuels sont plus récents. Les fresques du vestibule d'entrée sont remarquables: certaines présentent un sujet classique (les animaux amis) d'une manière originale.
Une autre représente un symbole peu habituel (kalashakra).
Les fresques de musiciens sont également très belles.
Après la visite du monastère, nous remontons vers un col au nom appétissant, dernier col avant d'arriver à Lo Manthang, la capitale de l'ancien royaume du Mustang.
Nous évitons de déranger les habitants du secteur.
La descente nous permet d'apprécier la géologie des environs de Lo Manthang,
avant d'apercevoir la petite ville, posée au milieu du désert à 3900m d'altitude.
Ainsi vue d'en haut, cette ancienne capitale ne paie pas de mine. Mais elle a conservé une enceinte fortifiée, du même rouge que les monastères et chortens de la région, qui, vue du fond de la vallée, lui donne une allure bien plus impressionnante.
L'ancien palais royal a conservé une belle façade mais ne se visite pas (ce n'est pas le guide qui nous observe du premier étage).
Le dernier roi du Mustang a abdiqué en 2008, après l'abolition de la monarchie au Népal. Il est mort à Kathmandou en 2016. Son portrait est encore accroché dans notre hôtel, avec celui de son épouse.
La place principale de Lo Manthang permet de prendre le soleil,
contrairement à ses rues étroites.
La ville abrite d'imposants chortens,
ainsi que trois monastères, tous les trois du XVeme siècle.
L'un d'entre eux, le monastère Jampa, présente une structure en bois inhabituelle dans un temple tibétain. Il a probablement été construit par des artisans newaris.
Une partie des fresques de ces monastères est en cours de restauration, mais celles qu'on peut voir méritent le détour.
Le lendemain, nous partons explorer les vallées désertiques au Nord de Lo Manthang, près de la frontière chinoise, avec pour objectif la grotte peinte de Konchok Ling.
Nous passons près de forteresses en ruines,
de chortens d'un rouge éclatant,
et de temples naturels construits par l'érosion.
A l'approche de la grotte, le paysage créé par l'érosion devient vraiment extraordinaire.
La grotte a été découverte en 2002 par un berger et les habitants du village voisin ont construit un sentier d'accès, que nous suivons prudement sous la conduite du gardien actuel, un autre berger du village. Il tient également une petite auberge et, après la visite, redescendra à toute vitesse pour nous y préparer le repas (Nous sommes les seuls visiteurs ce jour là) !
Une porte d'entrée protège les environs immédiats de la grotte.
La grotte contient des fresques datées du XIIeme-XIIIeme siècle, de style cachemiri, très différentes de celles, de style tibétain classique, que nous avons vues jusqu'à présent (traits plus fins, drapé de certains des personnages). Ces fresques n'ont sans doute pas été peintes par des habitants de la région, mais plutôt par des voyageurs (la vallée de la Kali Gandaki a toujours été une importante "route de la soie"). Elles n'ont pas encore été restaurées.
Nous sommes tout près de la frontière chinoise et la chaîne frontière n'est ici ni très élevée (plusieurs cols de moins de 5000m) ni très abrupte, d'où l'utilisation traditionnelle de la Kali Gandaki comme voie de passage. Le petit bâtiment blanc sur la photo ci-dessous, prise depuis les environs de la grotte, est un poste d'observation de l'armée chinoise!
Dans d'autres directions que la frontière, nous apercevons quand même des montagnes enneigées, qui font un beau fond de décor aux canyons érodés qui entourent la grotte.
Dans la vallée voisine, le monastère de Nyiphu est creusé dans la roche.
Dans le même secteur, d'autres falaises ont été transformées en des immeubles d'habitation à étages. Des ecaliers ou échelles intérieurs permettent de passer d'un trou à l'autre.
Contrairement à Konchok Ling, dont l'accès est long et difficile, ces deux derniers sites, situés à proximité de la piste carrossable qui va à la frontière chinoise, sont fréquentés par les touristes népalais qui visitent le Mustang en voiture (Les Népalais ne paient pas le droit d'entrée au Haut Mustang et ont le droit de passer quelques heures en Chine sans visa). La famille originaire de Pokhara que nous avons rencontrée dans l'habitation troglodyte, qui redescendait le soir même jusqu'à Jomsom, nous a ainsi gentiment déposés en voiture à Lo Manthang (en nous donnant en primes des bonbons chinois achetés au magasin installé à la frontière), pendant que notre guide Ngawang et nos porteurs redescendaient courageusement à pied (10kms et arrivée de nuit...).
Le lendemain matin, nous quittons Lo Manthang en direction du Sud. Depuis la première crête, nous pouvons jeter un dernier regard sur la petite capitale.
Devant nous, à environ 80 kms, nous découvrons le Dhaulagiri (8167m, à l'arrière plan à gauche).
Nous nous retrouvons au dessus de la vallée de la Kali Gandaki, que nous allons traverser pour continuer par sa rive gauche (au fond la chaîne de l'Annapurna).
Le photographe ne semble pourtant pas diriger son matériel dans la bonne direction ?
C'est que nous avons de la visite!
La descente dans la vallée est impressionnante et parfois un peu raide (Peut-être les vautours espéraient-ils une chute ?).
Et nous nous retrouvons au bord de la Kali Gandaki.
Après avoir traversé la rivière, nous nous retournons vers le village de Dri et la falaise que nous venons de descendre,
et remontons de l'autre côté,
vers le village de Yara où nous allons passer deux nuits.
La journée de randonnée depuis Yara a le même programme que celle de la journée depuis Lo Manthang : d'abord une grotte peinte du XIIeme ou XIIIeme siècle, et ensuite un monastère creusé dans une falaise.
Les fresques de la grotte peinte de Yara, Tashi Kabum, sont du même style cachemiri que celles de Konchok Ling, mais elles sont mieux conservées ou ont été restaurées, car elles sont bien plus nettes.
Un gros plan sur le canard en haut à gauche de la photo précédente, qui semble sortir tout droit d'un hebdomadaire satirique paraissant le mercredi.
Au milieu de la grotte, une salle contenant un chorten est surmontée d'une magnifique coupole peinte.
La grotte est bien cachée dans une falaise percée de nombreuses autres grottes.
Le monastère de Luri Gompa, de la même époque et à l'accès également acrobatique, présente des fresques du même style et contient également une coupole peinte, mais les photos intérieures y sont interdites.
Le lendemain, nous repartons vers le sud, dans un environnement géologique toujours aussi extraordinaire.
Dans ce secteur, le plateau est crevassé.
Petit à petit, nous nous rapprochons des massifs de l'Annapurna et du Dhaulagiri
Nous redescendons sur le village de Tanggye.
Les habitants de ce village sont fiers de leurs imposants chortens.
Le lendemain est une rude journée. Il y a près de 1000m à remonter de Tanggyye au col suivant.
Nous parcourons ensuite des crêtes d'où nous pouvons voir la plus grande partie du Mustang et de notre itinéraire des jours précédents (la tache rouge au centre de la photo, ce sont les falaises de Dhakmar).
Alors que le temps se gâte, nous découvrons un nouveau canyon multicolore (vallée de la Narsing Khola
Après une longue descente, nous faisons étape à Chusang, le village où nos permis d'accès au Haut Mustang ont été contrôlés une semaine auparavant, au confluent de la Kali Gandaki et de la Narsing Khola. Un beau pont suspendu enjambe cette dernière.
Un peu en amont de Chusang sur la Narsing Khola, le village de Tetang entretient de belles terrasses cultivées. Au fond, le massif du Dhaulagiri va bientôt disparaître dans les nuages.
Pas de photos de l'avant-dernier col, entre Tetang et Muktinath, que nous passons sous une épaisse couverture nuageuse.
A Muktinath, Ngawang nous a réservé un hôtel luxueux. (Il y a même du chauffage!)
De la fenêtre de l'hôtel, nous pouvons observer des pélerins qui se rendent du parking des bus aux sanctuaires et ne veulent ou ne peuvent pas marcher. Ils ont le choix entre le cheval et la chaise à porteurs (les véhicules à moteur sont interdits).
Le lendemain matin, le ciel s'est dégagé et nous pouvons admirer le lever de soleil sur le Dhaulagiri derrière les fers à béton de l'immeuble en construction en face de l'hôtel. Muktinath, qui était il y a quelques dizaines d'années un petit village accessible seulement par des sentiers, est devenu, avec la construction de pistes et même d'une route goudronnée, une destination touristique très appréciée des Népalais et on y construit sans relâche de nouveaux hôtels.
Un gros plan sur le sommet principal (8167m) sans les fers à béton..
Notre dernier jour de marche nous conduit à Jomsom en passant par un dernier col, le Lupra La (3800m, matérialisé par le panneau sur la photo ci-dessous).
Depuis le col, nous découvrons le petit village de Lupra (tout au fond de la vallée, en bas à droite de la photo).
Ce village abrite un monastère bön (le bâtiment rouge à gauche de la photo suivante). Le Bön est une religion tibétaine, à l'origine principalement chamaniste, antérieure à l'introduction du bouddhisme au Tibet (VIIIeme siècle). Elle a survécu sous des formes plus ou moins mélangées au bouddhisme, principalement à l'Est du Tibet chinois (Amdo, Kham) et au Bhoutan. Au Népal, il ne reste qu'un petit nombre de monastères, principalement dans la région du Dolpo; celui de Lupra est le seul du Mustang. Il date du XIIeme siècle mais a été plusieurs fois restauré.
ainsi que des fresques
et des sculptures.
Nous rejoignons ensuite la vallée de la Kali Gandaki qui, à la hauteur du confluent avec la rivière de Lupra, est dominée par des couches de roches plissées assez étranges.
Et nous arrivons à Jomsom, terminus de notre trek, où nous allons prendre un petit avion à hélices pour rentrer à Kathmandu via Pokhara.
Dernier dal bhat avec notre équipe.
Et dernier lever de soleil sur l'Himalaya (Nilgiri). A Pokhara et Kathmandu, nous ne verrons pas les montagnes, trop de brume!
Arrivée de notre avion sur l'aéroport de Jomsom.
Et c'est parti!
Et vingt minutes après, nous descendons sur Pokhara. A 800m d'altitude, la végétation n'est plus la même qu'au Mustang...









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